[Tactique-Fiction] N°1 : Entretien exclusif entre Genesio et Gallardo…

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Nous présentons ici des extraits exclusifs d’un entretien imaginaire entre Marcelo GALLARDO et Bruno GENESIO, réalisé il y a environ un mois entre Paris, Madrid, Kuala Lumpur et New York, et dont les retranscriptions complètes devraient être publiées incessamment sous peu…

Après les biographies de Guardiola, Mourinho et Ancelotti, voici le livre que vous devrez avoir sur votre table-de-chevet ! Merci encore aux éditions « Tu peux toujours rêver! » de nous offrir des ouvrages de cette qualité… Un best-seller à venir, à n’en pas douter !

Morceaux choisis :

De quelle « école » ou « courant » de football vous sentez-vous le plus proche ?

MG : J’essaye de me montrer à la hauteur des grands entraineurs argentins récents (Sampaoli, Pocchetino, Simeone, Berizzo, Martino, Pekerman…) qui aiment le jeu, qui aiment avoir des joueurs créatifs et intelligents, et qui ont finalement tous été marqués par Marcelo Bielsa, d’une manière ou d’une autre… Des entraîneurs qui travaillent énormément, entre autres la vidéo, qui sont flexibles tactiquement et qui s’adaptent aux circonstances… J’ai beaucoup étudié le style de Guardiola à Barcelone, également…

Entre 2012 et 2014, j’ai même passé 2 ans à travailler, avec mon staff, à voyager dans le monde entier, passer du temps dans certains clubs, avec de grands entraîneurs, directeurs sportifs, et m’en inspirer… Et en 2015, un journaliste argentin m’a dit que River n’avait jamais joué aussi bien que sous ma direction, et il m’a proposé de faire un livre sur mon histoire et ma vision du football, comme quoi, j’ai bien travaillé, non ? Je t’ai amené un exemplaire, si ça t’intéresse

BG : Merci du cadeau, c’est gentil, j’essayerais de le feuilleter bientôt ! De mon côté, je suis de l’école lyonnaise… Un club formateur, qui prône un style assez offensif, avec beaucoup d’envie… On forme d’ailleurs plus d’attaquants que de défenseurs à l’OL !… Depuis 10 que je suis dans le football en tant qu’entraineur, je m’inspire des grands noms du football français : Jean Fernandez, Antoine Kombouaré, René Girard, Guy Lacombe, ça te dit quelque chose…? J’ai finalement eu mon diplôme d’entraîneur en 2014, j’en ai profité pour connaître Ancelotti à Madrid, lors d’un stage de quelques jours !

Ici à l’OL, j’ai surtout été l’adjoint de mon ami Rémi Garde, qui commençait en tant qu’entraineur, puis de Hubert Fournier. Avant ça, j’avais cotoyé de loin Gérard Houllier, Alain Perrin et Claude Puel.. 10 ans au club quand même, et une belle progression, non ? Surtout que je me destinais pas du tout à una carrière dans un club comme l’OL. Si Rémi n’avait pas insisté pour que le club me recrute, j’entrainerais surement en CFA 2 aujourd’hui…

Quels sont vos systèmes de jeu préférentiels ?

MG : En ce qui concerne le système, j’aime jouer avec 2 attaquants et 4 défenseurs, donc en 4-4-2. Assez souvent en losange, donc un 4-1-2-1-2, (qui ressemble plus à un 4-3-1-2 ou un 4-1-3-2 quand je sens que c’est ce dont l’équipe a besoin)…J’aime également jouer en 4-4-2 à plat ou en 4-2-2-2 (avec 2 milieux offensifs réaxés)… Mais, pour surprendre l’adversaire, mon équipe est capable de jouer de temps en temps en 4-2-3-1 ou 4-3-3, voire même avec une défense à 3. Mais une chose ne change pas : c’est un jeu offensif, tourné vers l’avant, avec un bloc compact, des défenseurs qui participent au jeu, qui sont les premiers relanceurs… Contre Boca, en janvier 2016, j’ai même utilisé 5 schémas différents au cours du même match !

BG :  Tu sais, moi, je trouve que le 4-3-3, c’est le système le plus sécurisant et je m’y tiens, coûte que coûte, ou au pire un 4-2-3-1… Et puis ça permet à des joueurs axiaux de devenir plus polyvalents en jouant sur les côtés, même si leur rendement baisse sur le coup… Ça permet surtout d’avoir 2 ailiers qui couvrent en permanence les latéraux. Au début de ma carrière comme coach principal à Villefranche, on a été relégués en CFA 2, et puis ensuite à Besançon, j’ai mis en place un 5-4-1 du feu de Dieu, qui n’a pas donné les résultats espérés, avec une relégation en CFA 2 au bout… J’étais persuadé que « ça allait tourner, et qu’il ne manquait pas grand-chose« … Car j’ai toujours respecté la règle de base de mettre 2 joueurs dans chaque couloir ! J’ai aucune idée de comment défendre sans ça !!!

Et justement, quel type d’animation travaillez-vous avec vos joueurs ?

MG : L’animation change en fonction du système utilisé, logiquement. En général, mes latéraux sont très offensifs. Je choisis souvent de jouer avec une « sentinelle » qui décroche au niveau de la charnière centrale. Les coulissements et couvertures changent en fonction de l’adversaire et de notre système. Souvent, on joue « officiellement » dans un certain schéma, mais en réalité, ça ressemble à autre chose dans l’animation… Pour arriver à créer ces automatismes, alors que l’équipe joue dans des systèmes et des animations différentes, il faut absolument travailler pas mal à la vidéo, et faire un travail spécifique aux entraînements. J’ai même collaboré avec une spécialiste des neurosciences pour améliorer le rendement des joueurs et du collectif…

BGTu sais, pour moi, la tactique, c’est surcôté ! Je suis un meneur d’hommes, et c’est ça qui compte : motiver les joueurs, car ce sont eux qui font la différence sur le terrain ! Concernant l’animation, pour moi, la base c’est le pressing tout terrain. J’aime quand mes joueurs vont cadrer l’adversaire, même s’ils y vont seuls (vidéo à voir absolument !) Ça montre qu’ils ont de l’envie, de l’énergie à revendre, et ça me plait ! J’aime bien avoir des joueurs qui ne sont pas excellents, pas trop techniques, mais qui se donnent à fond (comme moi-même, à l’époque). Des milieux comme ça et des ailiers stéréotypés, c’est ça qui me plait ! Et je leur dis toujours : « allez, on est arrivés dans les 35 mètres adverses, maintenant, on se désorganise pour déstabiliser l’adversaire !! ». Et puis surtout, vu que notre équipe elle-même improvise totalement, on peut être sûrs qu’on va surprendre l’adversaire ! Tu vois la logique ?

Un entraîneur qui vous a marqué ?

MG : J’ai toujours été intéressé par les choix et les décisions de mes entraineurs, des détails jusqu’aux décisions plus importantes. J’ai été une sorte d’éponge pendant ma carrière, où j’ai cotoyé des entraineurs comme Bielsa (un modèle), Passarella (qui m’a fait partir 2 fois de River), ou encore Claude Puel (avec qui ça avait très bien marché !) et Didier Deschamps… D’ailleurs, ça a été un peu plus difficile avec lui. Quand il est arrivé à Monaco, j’avais été élu meilleur joueur du championnat, et en 2 ans avec lui, j’ai joué de moins en moins. Les 6 derniers mois avec lui, j’étais toujours remplaçant. Donc ça s’est mal terminé, et en août 2013 je suis parti de Monaco… Je ne l’ai pas en haute estime, tant pour ses qualités humaines, que pour son style de technicien, où il n’y avait pas la place pour un joueur comme moi…

BG : Marcelo, je dois dire que j’en reviens pas…! Pour moi, Deschamps, c’est l’archétype de l’entraîneur idéal. Dans la mesure du possible, j’essaye toujours de m’inspirer de ce qu’il fait. Le 4-3-3 que j’utilise, c’est lui qui l’a consolidé pendant des années en équipe de France, avec la qualité de jeu qu’on connait… Cet été, avant et pendant l’Euro, il a même improvisé et mis en pratique un 4-2-3-1, et j’ai moi-même commencer à en parler à l’OL pour préparer le terrain… Et dans sa gestion de l’effectif, je trouve qu’il fait de très bonnes choses dont je m’inspire, notamment dans le fait de ne pas toujours choisir les meilleurs joueurs, mais ceux qui sont le plus adaptés à l’idée de jeu initiale de l’entraineur (Cabaye, Rami, Giroud, Gignac, etc…) J’essaye de marcher dans son sillage : j’ai mes Ferri, Morel, Ghezzal, Gonalons, et je mourrais avec eux…

Quelle type de recrue recherchez-vous dès votre arrivée au poste d’entraîneur ?

MG : Au-delà de la question du recrutement. Je trouve qu’il est primordial d’avoir des joueurs créatifs, polyvalents et au jeu non-stéréotypé. Pour moi, c’est difficile de proposer du jeu avec un effectif où il y aurait de purs ailiers, de purs milieux défensifs, et ainsi de suite… Avec le style de jeu que je prône, en général, c’est important d’avoir des joueurs qui sentent le jeu, et qui peuvent anticiper et l’organiser. Et pas seulement un meneur de jeu à l’ancienne… Pour chaque ligne de l’équipe, il faut trouver des joueurs capables de visualiser une action, depuis la première passe jusqu’au but, et de le mettre en pratique ! Et ces joueurs sont rares !

BG : J’ai du mal à te suivre sur ce point… Tu sais, le Président a acheté un milieu axial créatif, il y a un an… Sergi Darder, tu connais?… Bon… bah, je sais pas vraiment quoi en faire. Il a coûté cher donc je suis un peu obligé de le faire jouer (même si j’essaye de lui faire perdre patience en le sortant du terrain dès que je peux)… Je lui donne des consignes un peu floues (ou même contradictoires) pour voir s’il s’en sort tout seul. Par exemple, dans mon 4-3-3, je lui dis qu’il doit prendre la profondeur dans la verticalité, et en même temps couvrir l’ailier et le latéral de son côté… Finalement, je préfère mettre un jeune du cru, qui me fait beaucoup penser à moi-même quand j’ai commencé, et au moins, je sais qu’il montrera beaucoup d’envie et d’abnégation !

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BONUS TRACK

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(Au détour d’un échange sur les méthodes d’entrainement…)

MG : […] Les tennis-ballons, c’est pas mon truc par exemple… De temps en temps, ça va, pour se détendre, mais quand on joue des matchs de haut-niveau, et à plus forte raison quand il y a 2 matchs par semaine à jouer, on ne perd pas son temps avec des tennis-ballon trop souvent, ou alors à la fin d’une session difficile, pour se relaxer…

BG : Mais pourquoi, Marcelo ? Mon expérience à l’OL, c’est que tous les coachs qui sont passés depuis 10 ans ont accordé beaucoup d’importance au tennis-ballon, et spécialement depuis 6 mois que je suis aux commandes (ici et ici). On travaille ainsi les fondamentaux et surtout les passes et tirs à mi-hauteur, tu vois…? On fait ça au moins 2 fois par semaine (2 jours avant chaque match, systématiquement !) et comme ça, les joueurs ne se plaignent pas de surcharge de travail… Tu te les mets dans la poche ! Ça permet une belle cohésion du groupe, un développement de l’esprit de compétition, et une confiance dans le coach qui fait plaisir au joueur… Triple-bénéfice !

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