[OL 2005-2015] Excès d’ambition et régime strict !

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À l’été 2005, l’OL est un des clubs européens les plus redoutés. Le club est au sommet footballistique de toute son histoire, après une élimination injuste en 1/4 de finale contre le PSV Eindhoven (y’avait péno sur Nilmar!). L’année suivante, le club échouera à nouveau (et de peu) à ce stade de la compétition, à San Siro… Economiquement, cependant, le club a un budget encore réduit, d’environ 120 M€ annuels, loin des grands européens. Et avec l’arrivée d’Houllier à l’été 2005 (déjà lui !), l’objectif de JMA est de construire un grand club sur tous les plans.

On verra dans cet article que les premières années ont donné l’impression que la stratégie a été réussie (notamment avec la demi-finale de Ligue des Champions en 2009/10, très symbolique, mais plutôt chanceuse et inespérée), mais qu’en réalité, le club s’est retrouvé pieds et poings liés (économiquement parlant), et qu’avec la baisse des résultats sportifs, les résultats économiques ont mis en danger le club. On se centrera ici sur l’exposition de l’évolution économique du club pendant ces 10 années (basée sur les chiffres officiels d’OL Groupe, voir tableau récapitulatif ici, ou en fin d’article), et nous mettrons en avant certains éléments économiques intéressants de cette période, alors que le club sortira finalement cette année de 6 années de déficits !

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RETOUR SUR LES ENTRAINEURS DU CLUB DE 2005 À 2015

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  • Gérard HOULLIER (2005/06, 2006/07)

C’est celui qui a repris le travail bien fait de Paul Le Guen et lui a donné une nouvelle dimension symbolique, en maintenant un effectif de belle qualité, et en offrant un deuxième 1/4 de finale de LDC consécutif au club. Son départ anticipé, un an avant la fin de son contrat, a amené le club à confier les clés du camion à un jeune entraineur en réussite, mais peu expérimenté…

  • Alain PERRIN (2007/08)

Ce dernier a réussi ce qu’aucun n’avait réussi avant lui, ni après lui : le doublé Coupe – Championnat. Il n’est resté qu’une seule saison car il était largement critiqué dans le vestiaire. Les joueurs et plusieurs membres du staff ont d’ailleurs vécu une bonne partie de la saison pratiquement en auto-gestion. Un départ inéluctable et l’occasion de faire franchir au club un nouveau palier, avec un « manager à l’anglaise »…

  • Claude PUEL (2008/09, 2009/10, 2010/11)

Un an après l’introduction de l’OL en bourse, les caisses sont pleines (près de 150 M€) et JMA choisit Claude Puel, à qui il confie des prérogatives très importantes, notamment en matière de transferts. C’est malheureusement sous Puel que le club a perdu sa place de champion (3ème, 2ème, 3ème) et a vu le résultat économique se déteriorer énormément, en bonne partie à cause de l’augmentation de la masse salariale et des amortissements de joueurs, justement ceux recrutés par cet entraineur…

  • Rémi GARDE (2011/12, 2012/13, 2013/14)

L’ancien du club, déjà directeur du centre de formation, à qui JMA a confié la mission de remettre un peu d’ordre dans l’effectif, tout en devant faire avec des mesures économiques drastiques. Le club réussit à terminer 3 saisons entre la 3ème et 5ème place en championnat, avec pourtant un bon nombre de départs chaque été, sans remplacements équivalents, ce qui a finalement permis à beaucoup de jeunes de se faire leur place dans l’effectif.

  • Hubert FOURNIER (2014/15)

L’entraineur avec qui le club n’a pas joué la Coupe d’Europe (pour la 1ère fois en 18 ans), mais qui en contre-partie, a guidé l’équipe vers la 2ème place de L1. Il a profité du travail en amont de développement des jeunes du club, qu’il a dirigé alors qu’ils arrivaient à maturité, en majorité, et dans un système de jeu offensif et rôdé… Encore une saison déficitaire, du point de vue économique, mais un travail positif avec des ressources limitées…

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RÉSULTATS ÉCONOMIQUES DU CLUB DE 2005 À 2015

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  • Résultat « hors-cessions de joueurs »

Durant ces 10 saisons, le club a toujours eu un résultat annuel négatif pour les produits des activités hors-cessions de joueurs (= le club a toujours dépensé plus que ses revenus « normaux/récurrents »), en incluant ici les amortissements des contrats des joueurs (d’une certaine manière, le « loyer » des joueurs, une dépense récurrente), MAIS :

-le résultat a été de -12 M€ annuels de moyenne de 2005 à 2008 (Houllier + Perrin)
-le résultat a été de -47 M€ annuels de moyenne de 2008 à 2011 (Puel)
-le résultat est passé de -48 M€ à -28 M€ annuels entre 2011 et 2015 (Garde + Fournier)

On comprend donc qu’il y a eu une période de résultats négatifs contrôlés (mais en croissance tout de même), qui a explosé ensuite sous Puel, et que, depuis, le club s’est efforcé de revenir dans le droit chemin économique (pas du tout aidé par le manque-à-gagner de 30-40 M€ annuels, causé par les non-qualifications en LDC de 2012 à 2015), un vrai dégraissage massif, et pas toujours dans les formes… On se rappelle notamment des « dinosaures » du vestiaire, selon JMA…

  • Résultat « net » des cessions de joueurs

Le club a toujours eu un résultat annuel positif pour les produits des activités de cessions de joueurs, le « trading » (=le club a toujours vendu plus cher les joueurs que leur valeur comptable au moment de la vente), sans s’intéresser ici aux achats (déjà incorporés sous la forme des amortissements des contrats de joueurs), MAIS :

-le résultat a été de +41 M€ annuels de moyenne de 2005 à 2009
-le résultat a été de +10 M€ annuels de moyenne de 2009 à 2015

On en conclut que les joueurs vendus sous Houllier et Perrin ont été très bien vendus, alors que les joueurs achetés (très cher) et/ou entraînés par Claude Puel ont été très mal vendus, à l’exception (unique) de Benzema le 30 juin 2009. Ceci s’explique par les mauvais choix de recrutement, avec des joueurs qui n’ont pas confirmé ou qui n’ont pas montré leur meilleur niveau, mais aussi le fait que des joueurs ont été achetés très au-dessus de leur valeur marchande réelle, comme Gomis ou Cissokho, et le cas Gourcuff à l’été 2010, bien entendu, plutôt du fait du président que de l’entraineur…

  • Résultat avant impôt

On observe deux phases bien distinctes. Les 4 premières années de la période (Houllier, Perrin et la première année sous Puel) et les 6 années suivantes, avec les chiffres suivants :

-Résultat de +23 M€ annuels de moyenne de 2005 à 2009 (+92 M€ cumulés)
-Résultat de -33 M€ annuels de moyenne de 2009 à 2015 (-197 M€ cumulés)

Avec un record de -53 M€ de résultat avant impôt lors de la saison 2009/10 (la deuxième de Puel, arrivé miraculeusement en 1/2 finale de Ligue des Champions), qui s’explique par une masse salariale « explosée » à 112 M€ (le plus haut montant de l’histoire du club), et des amortissements de joueurs à un niveau incroyable de 43 M€, soit un total de 155 M€ seulement pour ces 2 postes de dépenses, alors que le total des produits d’activités du club cette année-là (transferts inclus) n’a été que de 160 M€ !! le club n’ayant pas de joueurs « bankables » qui pourraient apporter une plus-value nette significative…

  • Résultat net

Le résultat net varie essentiellement en fonction des impôts sur les bénéfices du club. C’est pourquoi il a fait baisser le bénéfice pendant les 4 premières années de la période (impôts payés), et c’est aussi pourquoi une partie de ces impôts a été « rendue » au club, sur les 6 années suivantes (déficitaires), comme cela arrive dans d’autres entreprises. On obtient donc un total d’impôt payé de 32 M€ (de 2005 à 2009) et 38 M€ d’impôt « rendu » (de 2009 à 2015), avec le résultat net suivant :

-Résultat de +15 M€ annuels de moyenne de 2005 à 2009 (+60 M€ cumulés)
-Résultat de -26,5 M€ annuels de moyenne de 2009 à 2015 (-159 M€ cumulés)

C’est donc le « résultat net » qui est repris par la presse lors de la communication des résultats économiques du club. D’une certaine manière, l’OL l’a échappé belle en 2009/10, où la presse a annoncé un déficit de 35 M€ (résultat net qui prenait en compte le « rendu » d’impôt), alors qu’elle aurait pu faire sa « une » sur les -53 M€ de résultat avant impôt !! Un chiffre énorme !

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DÉTAIL DE l’ÉVOLUTION DES « RECETTES » ET « DÉPENSES »

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  • Évolution des produits d’activités (« recettes »)

Les recettes de billeterie « matchday », toujours supérieure à 20 M€ annuels lors des 5 premières saisons (avec un pic à 24,8 M€ l’année de la demi-finale de Ligue des Champions, 2009/10), et qui ont baissé ensuite régulièrement pour atteindre la très faible somme de 11,1 M€ en 2014/15… La moitié du total obtenu 10 ans auparavant…

Les « partenariats et publicité », relativement stables autour des 20 M€, sauf lors de la saison 2009/10, au cours de laquelle le sponsor BETCLIC n’a pu être affiché sur le maillot, provoquant l’absence des recettes prévues de ce côté-là…

Les « produits de la marque », dont en bonne partie les produits dérivés, qui ont d’abord augmenté rapidement jusqu’à atteindre 38,5 M€ en 2007/08 (saison du doublé), puis ont baissé fortement (la crise économique aidant ?), accompagnant surtout la longue agonie de l’équipe, jusqu’à se stabiliser autour des 17 M€ annuels (stable de 2012 à 2015)…

Les « droits TV et marketing », qui ont été élevés (entre 68 et 78 M€ annuels) tant que le club était champion de France et se qualifiait pour la Ligue des Champions, et qui ont baissé à 51 M€ de moyenne sur les 3 dernières saisons de la période…

  • Évolution de la masse salariale et amortissements de joueurs

Ce total était de 99 M€ annuels (75 + 24) lors de la saison 2005/06. Il a augmenté ensuite pour atteindre, 4 ans plus tard, un total incroyable de 155 M€ (112 + 43), lors de la saison 2009/10, après la deuxième salve de transferts puelienne, avec les arrivées de Lisandro López, Bastos, Cissokho, Gomis et Lovren (après la première salve l’année précédente, composée d’Ederson, Makoun, Lloris, Mensah, Piquionne et Pjanic). Ce total a ensuite baissé linéairement jusqu’à la saison 2014/15, et un total de 87 M€ (75 + 12), au prix d’un effort énorme de dégraissage de 44 % du total de la saison 2009/10… Et donc un dégraissage qui n’a pas apporté beaucoup de plus-value nette au club, comme on l’a dit plus haut…

  • Évolution significative des autres charges et « dépenses »

Les achats et charges externes ont été relativement stables (autour de 30-35 M€ annuels), quoique un peu plus élevés lors des années Perrin et Puel (ou lors de la dernière année sous Garde, et un 1/4 de finale de Ligue Europa), liés aux frais supplémentaires d’organisation de matchs (Europe ou coupes nationales) ainsi qu’aux dépenses relatives aux produits dérivés (en particulier lors de la saison 2007/08)…

Les charges exceptionnelles, avec la taxe à 75%, qui a représenté un surcoût d’environ 6 ou 7 M€ sur 2 saisons (2013/14 et 2014/15), ainsi que le paiement d’une indemnité de 4 M€ à Umbro lors de la saison 2009/10 pour rompre le contrat avec l’équipementier, et signer un contrat avec Adidas (entre 80 et 100 M€ sur 10 ans), ainsi que le provisionnement des indemnités que réclamait Claude Puel après son licenciement…

Le résultat financier (-3,5 M€ en 2014/15), qui est devenu au fil des années de plus en plus « déficitaire », à partir de la saison 2009/10. On imagine que cela est dû aux besoins de trésorerie après avoir réalisé des transferts pour 200 M€ en 2 ans (2008-2010), mais certainement aussi pour le début des investissements du Parc OL.

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CONCLUSIONS ET ENSEIGNEMENTS

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>>>> Le club a commis une énorme erreur en laissant augmenter de 50% la masse salariale et les amortissements des contrats de joueurs en à peine 4 ans, et surtout lors de 2 intersaisons (été 2008, 2009 + Gourcuff à l’été 2010), où de grands investissements ont été faits, car il a été ensuite TRÈS difficile (et long) de faire diminuer ce total, ou au prix de ventes forcées peu avantageuses : en attestent les départs en fin de contrat de Gourcuff, Ederson, Gomis, Briand, Mensah, Delgado… et les ventes à peine au-dessus de leur valeur de Makoun, Lisandro, Cissokho, Källström, Bodmer, Keita, Bastos…

>>>> Tous les produits d’activités ont déjà augmenté au cours de la saison 2015/16 et continueront à augmenter, ce qui augure d’une nouvelle capacité du club à produire un résultat bénéficiaire, sans même inclure les produits des cessions de joueurs. En les incluant, le bénéfice annuel peut être énorme et on peut espérer que le club ne paie pas énormément d’impôt sur les premières années, étant donné les -200 M€ cumulés de résultat déficitaire (avant impôt), sur les 6 saisons passées, qui se traduisent dans le bilan par un total de 99 M€ de « réserves », au passif, au 30 juin 2015…

>>>>> Le club doit aussi anticiper l’explosion de dépenses telles que les amortissements (hors-contrats de joueurs), qui correspondront au stade, et qui devraient être d’environ 10 M€ annuels. La même chose devrait arriver avec le résultat financier, dû au paiement d’intérêts des emprunts contractés (250 M€, seulement pour le stade). Le total annuel de ces intérêts, devrait être d’au moins 17 M€ la première année (2016/17) comme dit précédemment dans un autre article.

>>>>> L’OL a été introduit en bourse en 2007, générant plus de 80 M€ de primes d’émission qui sont venus s’ajouter à environ 60 M€ déjà gardés au chaud des années précédentes. Claude Puel, avec la bénédiction de JMA, a décidé de dépenser environ 200 M€ en 2 ans (2008-2010), du jamais-vu à l’OL. Le club avait la trésorerie pour le faire, mais n’avait pas les recettes suffisantes pour payer tant de salaires et d’amortissements de contrats-joueurs, d’autant plus qu’il n’a pas réussi à bien vendre ses joueurs sur le marché des transferts pendant ces années-là…  A ne pas refaire si le club redevient largement bénéficiaire grâce au Parc OL !

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Note : dans cet article, nous avons pris le parti d’inclure le résultat financier parmi les « charges courantes » (hors-cessions de joueurs), de même que les amortissements des contrats de joueurs. Le rapport d’OL Groupe les situe séparément. Nous avons fait ce choix pour réunir dans une même catégorie les charges non-liées aux cessions de joueurs, et dans une autre, les charges liées au joueurs vendus par le club, qui permet de voir si le club a les revenus suffisants pour couvrir ses charges « récurrentes »… C’est donc le choix de la visibilité, face aux nomenclatures comptables…

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Comptes OL

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